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La microfinance: concilier rendement et impact social

La microfinance: concilier rendement et impact social

Alors que 2 milliards de personnes dans le monde n’ont pas accès aux services financiers classiques, la microfinance permet aux entrepreneurs des pays en voie de développement d’obtenir des prêts de petit montant, en particulier pour les femmes, qui représentent 65% des emprunteurs de microcrédits.

Les investisseurs peuvent accéder à ce marché grâce aux fonds spécialisés en microfinance, qui apportent des financements ou prennent des participations dans des institutions de microfinance (IMF), qui elles-mêmes accordent des prêts et d’autres services à des microentreprises et des particuliers dans les pays émergents. Le prêt sous-jacent moyen était de 1500 dollars en 2015 selon une étude du gérant d’actifs Symbiotics.

Ces fonds offrent des rendements avec une faible volatilité et sont peu corrélés avec les classes d’actifs traditionnelles. Ainsi, l’indice SMX-MIV Debt de Symbiotics, qui suit les fonds obligataires spécialisés en microfinance, affichait une corrélation de 0.03 avec l’indice JPM Hedged USD GBI Global et une corrélation négative de 0.11 avec le MSCI World Index de 2003 à 2015. De plus, bien que cela puisse paraître contre-intuitif, les abandons de créance parmi les emprunteurs de microcrédits et les IMF sont généralement rares, avec des pertes de moins d’1 % en moyenne dans les portefeuilles des principaux fonds. En contrepartie, en raison des coûts importants pour les gérants afin d’analyser les opportunités d’investissements, le total des frais sur encours (TER) est plus élevé que pour les fonds classiques, avec des frais compris en moyenne entre 2 % et 2,5 %.

Mais preuve de l’engouement des investisseurs, les encours des fonds de microfinance ont quintuplé, passant de 2 milliards de dollars en 2006 à plus de 11 milliards en 2015.  Les investisseurs institutionnels sont de plus en plus présents dans le secteur et représentent maintenant 47 % des avoirs des fonds de microfinance.

Un tiers des encours mondiaux sont actuellement gérés depuis la Suisse. Pionnier dans le domaine, le fonds BlueOrchard Microfinance Fund créé en 1998 a offert une performance annualisée de 4,25 % en dollars depuis son lancement (part institutionnelle). Avec plus d’1 milliard d’encours, le fonds permet une exposition à 124 IMF dans 45 pays, avec une liquidité mensuelle ou trimestrielle, pour un TER allant de 1,20 % à 1,85 %.

Un autre acteur helvétique de poids dans le secteur, responsAbility propose une gamme de fonds ouverts aux investisseurs privés, dont le Micro and SME Finance Fund, lancé en 2003 et qui culmine maintenant a plus d’1 milliard de dollars d’encours investit dans 273 institutions reparties sur 80 pays.

Au niveau des portefeuilles, une nette diversification géographique s’est opérée sur les dix dernières années parmi les fonds. Les régions d’Asie centrale/Caucase, ainsi que l’Amérique latine, deux bastions de la microfinance, ont vu leurs parts moyennes dans les fonds passer de 39% à 31% et 41% à 30% respectivement, notamment au profit de de l’Asie du Sud et du Sud-Est. Le développement croissant de la microfinance dans les autres régions représentent de nouvelles opportunités d’investissement, permettant aux gérants d’absorber les volumes entrants mais aussi de diversifier leurs portefeuilles en diminuant l’exposition, par exemple, aux pays particulièrement affectés par les baisses des prix des matières premières, la dévaluation des monnaies locales ainsi que par des problèmes d’instabilité politique. Car l’industrie de la microfinance a connu plusieurs chocs économiques et sociaux, amplifiés dans certain cas par des mauvaises pratiques : mauvaise évaluation des projets et de la solvabilité des clients, taux d’usures élevés, recouvrement « musclés » de dettes.

Le Nicaragua par exemple fut secoué en 2008 par un mouvement de contestation violent visant la microfinance suite au ralentissement économique du pays et une baisse du prix des produits agricoles. En Inde, les suicides se sont multipliés parmi des emprunteurs surendettés dans l'État de l’Andhra Pradesh en 2010.

En réponse à ces crises, des réglementations spécifiques à la microfinance ont été développées et renforcées dans de nombreux pays tandis que la généralisation des « credit bureau » devrait permettre de limiter les cas de surendettement.

 Cet article a été publié dans l’AGEFI Indices en octobre 2017.

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