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L’investissement factoriel : effet de mode ou réelle évolution de la gestion de portefeuille ?

L’investissement factoriel : effet de mode ou réelle évolution de la gestion de portefeuille ?

Qu’est-ce que l’investissement factoriel ?

De plus en plus d’études académiques suggèrent l’existence de primes factorielles associées à des éléments tels que la valorisation, la taille, la qualité ou le momentum. Elles offrent des performances supérieures sur le long terme par rapport aux indices actions. Ces primes factorielles constituent une grande partie de ce que l’on considérait auparavant comme de l’alpha des gérants…

Il existe plusieurs facteurs académiques largement utilisés, voici les principaux :

-          La faible volatilité ou “Low Vol” (1972)  consiste à privilégier les titres ayant la plus faible volatilité.

-          La valeur ou le “Value” (1977) consiste à acheter les actions les plus faiblement valorisées selon différents ratios tels que le PER (cours/bénéfices), le cours/actif net ou bien le rendement du dividende.

-          La taille ou « Small Caps » (1981) constate la surperformance des sociétés de plus petite taille.

-          Le Momentum (1993) consiste à acheter les titres dont les cours et/ou les bénéfices sont en croissance. On considère que les gagnants d’hier seront les gagnants de demain.

-          La Qualité (2013)  consiste à acheter les actions des entreprises les plus rentables avec les bilans les plus sains.

Au cours de la dernière décennie, ces conclusions ont conduit à l’émergence d’un nouveau type d’investissement, fréquemment qualifié de «smart beta » ou «beta alternatif», qui attire de plus en plus l’attention des investisseurs.

Qui utilise l’investissement factoriel ?

Des investisseurs institutionnels de renom ont publiquement adopté des stratégies basées sur des facteurs reconnus.

A titre d’exemple, en 2009, le fonds souverain norvégien a sollicité des économistes (Andrew Ang, William Goetzmann et Stephen Schaefer) pour analyser le rôle de la gestion active dans le rendement délivré. Les conclusions de cette étude relèvent que 70 % de l’alpha de son portefeuille est structurel (non dépendante des gérants).

Cela a pour conséquence une refonte profonde des produits s’articulant autour de l’alpha et le développement des stratégies Smart Beta ou Alternative Beta.

De plus en plus de fonds et ETF factoriels ou Smart Beta se sont développés pour tous les investisseurs. Leurs encours mondiaux ont augmenté de 160,6 milliards de dollars au cours de l’année 2017 pour atteindre un nouveau record de 658,4 milliards de dollars à fin décembre !

Quels sont les principaux intérêts et risques de l’approche factorielle ?

L’investissement factoriel offre une alternative entre la gestion passive et la gestion active : il permet de capter « des primes » afin de surperformer les indices de référence et offre un meilleur couple rendement risque que la gestion traditionnelle, proposant un alpha réel, dénué de tout biais émotionnel.

Si ces facteurs surperforment sur le long terme, cette surperformance est cyclique et irrégulière : tous les facteurs ne surperforment pas forcément en même temps…

Cependant, certains risques ne sont pas à exclure dans l’implémentation de telles stratégies. Des biais peuvent être introduits dans la gestion tels que la surpondération de certains secteurs ou pays. Il existe de nombreux indices et fonds factoriels, mais ils peuvent être très différents dans leur construction et leur résultat. Il faut être vigilant aux indicateurs et ratios utilisés, aux limites fixées par secteur ou valeur, à la périodicité de rebalancement et aux coûts d’implémentation de la stratégie…

Comment implémenter une stratégie factorielle dans un portefeuille ?

On peut implémenter des stratégies factorielles en sélectionnant et investissant directement dans les actions retenues, ou bien à travers des ETF ou des fonds. On peut investir dans plusieurs facteurs de façon statique (équipondérés ou pas) ou bien au contraire en appliquant une allocation flexible des facteurs.

Mais on peut aussi mettre en place des stratégies de performance absolue consistant à être long des facteurs mais en couvrant le risque marché (le beta). Pour cela, on peut investir dans des fonds « Risk Premia » ou bien sélectionner des ETF factoriels et couvrir le beta en vendant des futures actions.

Cette dernière stratégie répond bien à la problématique actuelle que les investisseurs rencontrent maintenant depuis un certain temps, à savoir que les obligations n’offrent plus assez de rendement et portent un risque de plus en plus élevé dans un contexte de hausse des taux, tandis que les indices actions sont au plus haut et leur valorisation est élevée pour une fin de cycle.

Ainsi, les investisseurs sont à la recherche d’actifs alternatifs et ces stratégies Long/Short appliquées aux primes de risques prennent tout leur sens dans ce contexte de marché, puisqu’elles peuvent identifier ces primes sur toutes les classes d’actifs (pas uniquement les actions). Décorrélée du marché, la prime de risque ou Risk Premia se définit comme étant la partie de l’alpha qui ne correspond pas au talent du gérant qui sélectionne les titres d’un portefeuille mais bien d’éléments structurels.

Il convient d’être vigilant au levier de certains produits Risk Premia et d’être pleinement conscient des risques encourus.

Vous êtes peut-être exposés à certains facteurs sans le savoir…

Quand on investit en actions, en direct ou à travers des fonds, on est souvent exposé à certains biais factoriel. Il est important de le savoir, et de corriger les biais non désirés. La corrélation des fonds aux différents facteurs doit être intégré dans le processus d’analyse.

Les stratégies factorielles (smart beta) et Risk Premia sont intéressantes sur le long terme et leur couple rendement est en général intéressant. Il convient d’être très sélectif car la qualité des produits commercialisés est inégale. Selon une étude réalisée par la société de gestion allemande Flossbach von Storch, sur les 180 ETF smart beta passés au crible par l'étude, 63% d'entre eux ont fait moins bien que leur indice de référence en 2017. L’année 2018 est compliquée pour les fonds Risk Premia, avec de grosses disparités au niveau des performances.

Il est certain que le succès commercial de ces produits incite de plus en plus d’acteurs à être présent sur ce segment sans toujours avoir le savoir faire…

 

Thierry Crovetto / Président Délégué de TC Stratégie Financière SAM à Monaco

www.tcsf.mctcrovetto@tcsf.mc

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